Mais une autre main, plus violente, et tout aussi immatérielle, qui s'est faite sentir à plusieurs reprises ces 100 dernières années. Cette main invisible nous a en effet mis une claque en 1929 avec le crack boursier, giflé en 1973 et 1979 avec les chocs pétrolier et nous a récemment mis une baffe en 2001 avec l'éclatement de la bulle internet. A plus petite échelle, elle a violemment secoué l'Argentine en 2002 et également la zone asiatique et la Russie pendant les années 90 à cause des mesures dictées par le FMI. Smith avait donc raison de dire qu'il existe une main invisible. Certe, pas celle qu'il décrivait à la fin du 18ème siècle en expliquant que l'impact des visions égoistes des acteurs du marché amenait à une harmonie sociale. Mais au contraire, une main prête a nous remettre en place lorsque la logique du marché atteint ses propres limites.

Nous avons ainsi une certaine forme de régulation, qui s'apparente plus à de l'apprentissage par l'échec. Encore faut-il tenir compte des erreurs du passé. Chose improbable étant donné que le marché n'a visiblement pas de mémoire... Le monde occidental comprend alors qu'il va trop loin à partir du moment où une nouvelle crise économique survient. Donc trop tard !

Quelle peut-être finalement la solution pour réguler efficacement le marché ? (A défaut de le faire disparaître...)

  • L'état, biensur. Mais quelle légitimité et quel pouvoir peut-il avoir si, à la base, il est directement lié aux principales forces capitalistes du pays ?
  • Les organisations comme la banque mondiale, le FMI, l'OMC, mais clairement pas dans leurs formes actuelles, qui ont tendance à encourager la dérive ultralibéraliste et où, d'après l'économiste Joseph Stiglitz, les termes transparence et indépendance n'ont aucune signification
  • Des contres pouvoir populaires, militants, associatifs, inter-associatifs.

Le dernier point se démarque fortement par son approche par la base, à l'opposé des deux autres où un petit nombre décide pour tout le monde. Mais dans sa forme actuelle, ce contre pouvoir a, me semble-t-il, une limite qui l'empêche de jouer un rôle important face au pouvoir capitaliste. D'une part, la visibilité des actions associatives et militantes est limitée et d'autre part, la prise de conscience des enjeux politiques, environnementaux, économiques et sociaux n'est pas toujours facile.

Une solution m'a été apportée aujourd'hui par le généticien Albert Jacquard, qui tenait une conférence à la Fête de la Bio dans une étable pleine à craquer (!) à Hauteville La Guichard dans la Manche. Il estime que l'évolution vers un mode de vie où nos vies valent plus que leurs profits, comme dirait l'autre, passe par l'éducation. Et notamment l'éducation de certaines valeurs : la coopération plutôt que la concurrence, le respect plutôt que montrer du doigt nos différences ou encore le partage plutôt que l'appropriation égoïste. Il propose également une critique de cette pensée unique qui établit comme principes inaltérables les idées de compétitivité, de croissance et de profit. En ce sens, il rejoint l'analyse de l'économiste Bernard Maris qui remet au cause ces principes fondant l'économie actuelle.