Voyageons donc quelques années dans le passé pour arriver au 1er janvier 1998, date à laquelle l'état français libéralise le marché des télécommunications. France Telecom est alors contraint d'ouvrir son monopole public sur les lignes téléphoniques à d'autres opérateurs. S'en suis la création d'une multitude de Fournisseurs d'Accès à Internet : Wanadoo, Club Internet, World Online, LibertySurf, Worldnet, Diligo, Lokace, Spray, Netclic, AOL, Tiscali, Freesbee, Freenet, Freesurf, Free, Darty, Fnac, M6, 9 Telecom, Oreka, Tele2, Cegetel, OneTelnet (ah !), Infonie, Net-Up, Easynet, Nerim, Mangoosta, Magic Online, Cario et plus récemment Alice. Bon ok, j'ai peut être pas tout mis, mais l'idée que je veux montrer est que ce marché a été très dynamique. Il a évolué très rapidement et a permis de proposer des offres de moins en moins chères et de plus en plus rapides (tout d'abord du RTC/56k à l'ADSL/512k puis à 20mbit/s). Les services associés ont plus ou moins suivis (téléphonie, chaînes télés, VOD, et la visioconférence ?). Dans l'ensemble on peut dire que cette dynamique a bénéficié au consommateur.

Mais quand est-il aujourd'hui ? Après des flops en pagaille et des rachats dans tous les sens, voilà ce qu'on a : toujours l'indétronable Orange/Wanadoo (49% de pdm), ses deux principaux concurrents Free (19%) et Neuf Cegetel (18%), et pis c'est tout !... Bon d'accord, il y a aussi des "petits" comme Alice (6%) et Club Internet (5%), et le reste n'a vraiment pas grand chose à se mettre sous la dent (Nerim ?). Je pense que Club-Internet arrive à garder une part de marché en ciblant "les vieux", Nerim en ciblant les accrocs de l'IPv6 natif et Alice doit plaire à ceux qui aiment les blondes (d'un point de vue marketing, c'est très fort). Au final nous avons trois principaux opérateurs et une dynamique qui s'est largement essouflée dans le sens où il est devenu extrêmement dur de s'introduire sur ce marché. En gros, sans moyens financiers considérables (Alice appartient à Telecom Italia), c'est visiblement impossible.

La déréglementation des télécommunications et plus précisément du marché de l'accès à internet par les lignes téléphoniques a donc produit un état stationnaire depuis un an. Les offres n'ont pas vraiment évoluées et les services non plus (la visioconf n'est toujours pas satisfaisante). Cet état peut s'expliquer en partie par la limite technique qu'introduit l'ADSL (28 mbit/s, ca va être dur de faire mieux), mais je pense que si le dynamisme avait continué, ce mur technique aurait été contourné par de nouvelles innovations et par de nouvelles sociétés (comme l'avait fait Free en pariant sur l'ADSL il y a quelques années).

Remarquons tout de même qu'à Paris et dans quelques villes (riches) de banlieue comme Rueil-Malmaison, des offres en FTTH ou FTTB (en gros, du 100 mbit/s avec très peu de latence) commencent doucement à voir le jour. Et ne parlons pas du wimax qui n'avance visiblement à rien (peut être est-ce la faute à la technologie elle-même ?). Mais de toute façon, ce sont les trois principaux fournisseurs qui exploitent actuellement le filon de la fibre. Ils n'ont donc aucun intérêts à aller trop vite, car de toute façon ils n'auront pas de nouveaux clients dans ces villes. Au mieux, ils se grignoteront des parts entre eux, mais la logique semble montrer que la stabilité des parts de marché va continuer.

Nous obtiendrons donc (en fait, nous l'avons déjà) ce que nous avons sur le marché de la téléphonie mobile, à savoir un cartel de quelques grands opérateurs. En effet, et l'actualité récente l'a montré, ces opérateurs (Bouygue Telecom, SFR et Orange) se sont entendus sur les prix afin de se partager le marché et également d'empêcher l'arrivée de nouveaux acteurs. Pour le consommateur, ceci est d'autant plus malsain que les prix sont déraisonnablement élevés et ne sont donc plus en accord avec le coût réel du service proposé. La recherche du profit étant l'objectif de ce genre de sociétés, s'il n'est plus possible de gagner de l'argent en innovant avant les autres, il faut donc élever artificiellement les prix des services. Mais voilà qu'une régulation est intervenue : l'ARCEP a permis à d'autres opérateurs (virtuels) comme Virgin ou la Fnac de prendre part au business du marché des mobiles. Mais également, la justice a contraint ces principaux opérateurs à payer 534 millions d'euros d'amende pour entente illicite (affaire largement rendue possible grâce à des associations comme UFC-Que choisir).

Ceci remet donc en cause le principe même de l'autorégulation et du bien-fondé d'un équilibre économique reposant sur une stricte libre concurrence. En outre, cela montre que des contres pouvoir, au mieux politique, au pire judiciaire, mais avant tout populaires, sont évidement indispensable.

Dans le prochain épisode billet, parce que la ça commence à être un poil long, j'évoquerais l'impact que peux avoir un monopole public (typiquement France Telecom) sur un tel marché et je conclurais (enfin) sur une approche plus optimiste.