La concurrence appliquée aux télécoms (1)
Par Sygus le mardi, juin 12 2007, 22:09 - General - Lien permanent
A la fin de mon précédent billet sur le libéralisme, j'avais terminé en pointant du doigt quelques termes moteurs de l'économie actuelle et fondateurs du néolibéralisme. Entre autre, j'avais initié une remise en cause du modèle économique basé sur la sacro-sainte concurrence. Cette bonne vieille concurrence qui, selon d'éminents économistes et prix nobels (Friedrich Hayek, Jean-Baptiste Say, Adam Smith... pour ne pas les citer), amène à une harmonie sociale et à un équilibre économique, à la condition, biensur, qu'aucun contrôle et qu'aucune régulation étatique n'aient lieu. Dans le cas contraire, chômage et inflation seraient alors inévitables. Voilà pour la théorie. En pratique, on en connaît plus ou moins les limites. On peut alors se poser la question de l'efficacité de la libre concurrence. Est-elle d'ailleurs saine dans tous les domaines ? dans les transports ? dans la santé ? dans l'éducation ? et dans... les télécoms ? Tiens donc, parlons des télécoms ! En plus, c'est un domaine qui est particulièrement riche en exemples (et puis je connais un peu mieux son histoire que celle de la santé).
Mais quand est-il aujourd'hui ? Après des flops en pagaille et des rachats dans tous les sens, voilà ce qu'on a : toujours l'indétronable Orange/Wanadoo (49% de pdm), ses deux principaux concurrents Free (19%) et Neuf Cegetel (18%), et pis c'est tout !... Bon d'accord, il y a aussi des "petits" comme Alice (6%) et Club Internet (5%), et le reste n'a vraiment pas grand chose à se mettre sous la dent (Nerim ?). Je pense que Club-Internet arrive à garder une part de marché en ciblant "les vieux", Nerim en ciblant les accrocs de l'IPv6 natif et Alice doit plaire à ceux qui aiment les blondes (d'un point de vue marketing, c'est très fort). Au final nous avons trois principaux opérateurs et une dynamique qui s'est largement essouflée dans le sens où il est devenu extrêmement dur de s'introduire sur ce marché. En gros, sans moyens financiers considérables (Alice appartient à Telecom Italia), c'est visiblement impossible.
La déréglementation des télécommunications et plus précisément du marché de l'accès à internet par les lignes téléphoniques a donc produit un état stationnaire depuis un an. Les offres n'ont pas vraiment évoluées et les services non plus (la visioconf n'est toujours pas satisfaisante). Cet état peut s'expliquer en partie par la limite technique qu'introduit l'ADSL (28 mbit/s, ca va être dur de faire mieux), mais je pense que si le dynamisme avait continué, ce mur technique aurait été contourné par de nouvelles innovations et par de nouvelles sociétés (comme l'avait fait Free en pariant sur l'ADSL il y a quelques années).
Remarquons tout de même qu'à Paris et dans quelques villes (riches) de banlieue comme Rueil-Malmaison, des offres en FTTH ou FTTB (en gros, du 100 mbit/s avec très peu de latence) commencent doucement à voir le jour. Et ne parlons pas du wimax qui n'avance visiblement à rien (peut être est-ce la faute à la technologie elle-même ?). Mais de toute façon, ce sont les trois principaux fournisseurs qui exploitent actuellement le filon de la fibre. Ils n'ont donc aucun intérêts à aller trop vite, car de toute façon ils n'auront pas de nouveaux clients dans ces villes. Au mieux, ils se grignoteront des parts entre eux, mais la logique semble montrer que la stabilité des parts de marché va continuer.
Nous obtiendrons donc (en fait, nous l'avons déjà) ce que nous avons sur le marché de la téléphonie mobile, à savoir un cartel de quelques grands opérateurs. En effet, et l'actualité récente l'a montré, ces opérateurs (Bouygue Telecom, SFR et Orange) se sont entendus sur les prix afin de se partager le marché et également d'empêcher l'arrivée de nouveaux acteurs. Pour le consommateur, ceci est d'autant plus malsain que les prix sont déraisonnablement élevés et ne sont donc plus en accord avec le coût réel du service proposé. La recherche du profit étant l'objectif de ce genre de sociétés, s'il n'est plus possible de gagner de l'argent en innovant avant les autres, il faut donc élever artificiellement les prix des services. Mais voilà qu'une régulation est intervenue : l'ARCEP a permis à d'autres opérateurs (virtuels) comme Virgin ou la Fnac de prendre part au business du marché des mobiles. Mais également, la justice a contraint ces principaux opérateurs à payer 534 millions d'euros d'amende pour entente illicite (affaire largement rendue possible grâce à des associations comme UFC-Que choisir).
Ceci remet donc en cause le principe même de l'autorégulation et du bien-fondé d'un équilibre économique reposant sur une stricte libre concurrence. En outre, cela montre que des contres pouvoir, au mieux politique, au pire judiciaire, mais avant tout populaires, sont évidement indispensable.
Dans le prochain épisode billet, parce que la ça commence à être un poil long, j'évoquerais l'impact que peux avoir un monopole public (typiquement France Telecom) sur un tel marché et je conclurais (enfin) sur une approche plus optimiste.
Commentaires
(Le lien vers ton billet main invisible n'est pas bon)
Le probleme sous-jacent est que l'infrastructure telecom filaire (cuivre ou fibre) ne peut être qu'unique sinon c'est stupide. Unique dit monopole donc état.
Au pieds de la lettre, la fixation des prix de location du réseau par l'ARCEP ramène le "libre marché" au temps ou le gouvernement fixait le prix baguette. D'un autre coté c'est la seule mesure qui n'est pas ridiculement inefficace vs la propriété par l'état (qui serait sans doute plus efficace a cause des couts de financement)
Dans le hertzien c'est un peu moins vrai mais on finit quand même par payer au moins 1.5 a deux fois le réseau de bornes par rapport à une installation monopolistique étatique. Et l'etat a du finir le reseau de toute façon.
j'aime bien ta vision des choses mais j'aurai aimé lire ton article sur les conséquences d'un monopole public tel que France Télécom